Je m’appelle Audrey, je vais avoir 27 ans à l’heure où je vous écris et je suis myopathe.
Cela fait un moment que je songe à écrire un livre, que
j’ai écrit le début déjà maintes et maintes fois, mais aujourd’hui je passe un cap en me mettant au blog . J’en ai marre de tout un tas de chose que je veux dénoncer et vous faire ouvrir les yeux
un peu sur la réalité des choses. Et attention, je vous préviens tout de suite : je ne souhaite pas tomber dans le misérabilisme habituel. « Je suis handicapée, la vie est dure, mais je surmonte
les difficultés patati pata… » C’est le discours habituel. Et dès qu’un handi fait quelque chose que vous tous vous êtes à même de faire, je ne sais pas monter une entreprise, faire du ski etc…
Ça va passer au journal régional, au mieux au 20h de PPDA et tous vous allez trouver ça exceptionnel ! « Waou tu te rends compte le courage qu’il faut pour faire ça ! »
Non, non, et non ce n’est pas exceptionnel. Un handi c’est
quelqu’un comme tous les autres excepté que la vie a décidé qu’il n’allait pas avoir 2 pieds pour marcher mais 4 roues, ou qu’il ne pourrait pas jouir d’un des 5 cinq sens que vous possédez en
grande majorité. Et si on le considère comme un handicapé et bien c’est à cause de vous : le monde a construit au fil de l’histoire une norme sociale et la plupart y ont adhéré puis ont perpétué
la tradition à travers l’éducation des enfants. Donc pour résumé, pour être normal (et la je parle bien évidemment de notre culture française car les choses sont bien différentes selon les
cultures) il faut :
- mesurer entre 1m60 et
1m75 pour les femmes et entre 1m70 et 1m90 pour les hommes sinon vous êtes soit un nain soit un géant.
- peser entre 50 et 60 kg pour les femmes et entre 70 et 85 kg pour les hommes sinon vous êtes soit un anorexique soit un
gros.
- être blanc, ni trop ni pas assez
sinon vous pourrez être qualifié de noir, d’arabe, voire d’albinos !
- ne pas avoir les yeux bridés sinon vous êtes un asiatique.
- être attirer sexuellement par le sexe opposé sinon vous êtes
homo, gay, lesbienne et j’en passe…
- être
attiré par les deux sexes vous êtes un bi.
-
être beau sinon vous êtes moche !
- être bien
habillé sinon vous êtes has been.
- être à la
mode sinon vous êtes ringard.
- avoir un lieu
ou dormir sinon vous êtes un clochard.
- être
intelligent sinon vous êtes un con.
- avoir
l’air normal sinon vous êtes bizarre.
- pour
les filles aimer un seul homme à la fois sinon vous êtes une nympho.
- pour les hommes ne pas avoir envie de coucher avec une autre fille que sa femme sinon vous êtes un salop.
- ne pas aimer garder son argent pour soi sinon vous êtes un
avar.
Et l’on arrive à ce qui nous intéresse la catégorie des handicapés:
- voir avec ses deux yeux sinon vous êtes un
aveugle
- entendre avec vos deux oreilles
sinon vous êtes un sourd
- avoir un QI égal à
100 sinon vous êtes un attardé
Chose bizarre
si vous êtes en fauteuil roulant vous êtes un handicapé tout court, on n’a pas encore trouvé de qualificatif adapté, ou alors peut être un estropié ?
La société aime bien dénommer ce qu’elle ne connaît pas ou ce qu’elle rejette. Si vous ne faite partie d’aucune des catégories
ci-dessus, et encore la liste est non exhaustive, vous êtes un… comment dire… un rien du tout. C’est bien triste d’être parfait.
Cette catégorisation est malheureusement devenue inévitable de
nos jours. Mais en ce qui concerne les handicapés, il y a une nouvelle politique, déjà on ne dit plus sourd ou aveugle mais mal entendant ou mal voyant. Et l’OMS a décidé qu’on ne devait plus
dire un handicapé mais « une personne en situation de handicap ». C’est la discrimination positive ! Sincèrement je vous le dis ça me fait gerber. C’est comme de dire les personnes âgées ou du
troisième age (car vous le savez sûrement mais les handicapés, on est toujours mis dans le même sac que les vieux : même ministère, même catégorie à la caf etc…) ou dire les gens de couleurs car
on s’est enfin rendu compte que c’est insultant de parler d’une personne uniquement en se référant à sa couleur. Pensez vous que ces abus de politesse ne sont pas encore bien plus blessants
?
Qu’elle est la solution allez vous me dire. Et bien pour moi il n’y en a pas. Autant appeler un chat un chat et il faut arrêter de
faire les mijorés. Si je pense que quelqu’un est con, je ne vais pas faire de détour de langage pour parler de lui. Et ce que je vous dis là est d’autant plus valable pour les handicapés. Vous
avez tous tendance à nous prendre en pitié, mais non ! Moi quand je vois un handicapé con je vais clairement parler de lui en tant que con, et non en tant que le pauvre handicapé qu’il faut
comprendre malgré son comportement stupide car la vie doit être dur pour lui.
Effectivement, je ne vous le cache pas la vie est dure pour
moi, mais ne l’est elle pas pour vous également ? Dites- moi qui ne se plaint pas le matin de devoir se lever tôt pour devoir aller bosser ? L’être humain est un animal insatisfait par nature,
qu’il ait ses deux pieds ou non, qu’il ait du travail ou qu’il soit au chômage. Tout ceci n’est qu’une question de personnalité, mais tout le monde a déjà pensé un jour que les choses étaient
injustes à son égard à cause d’une occasion ratée, d’un désir inassouvi, d’un accident… Il faut vous dire à la base que l’Homme ne peut être totalement heureux sinon quel serait son but pour
continuer de vivre ? Il n’a même pas le droit de choisir tout seul de sa venue sur Terre, ce sont deux abrutis égoïste qui lui impose de naître.
Mon but ici n’est pas de faire un cours de philosophie, mais de vous faire comprendre que chacun est comme il est, et qu’un handicapé
n’est pas forcément malheureux. Il va avoir des jours avec et des jours sans, comme vous. Ce n’est pas forcément un être exceptionnel si vous le voyez se balader dehors, aller en boîte ou être en
vacances, il vit sa vie tout simplement comme vous. S’il est entouré de gens ce n’est pas forcément sa famille, c’est peut-être tout simplement des copains dont il a su s’entourer tout comme
vous. Et surtout si vous voyez un handicapé avec son ami(e), ce n’est pas une bonne âme qui a voulu faire une bonne action pour donner un peu de bonheur à un handicapé, mais tout simplement
quelqu’un qui l’aime pour ce qu’il est intérieurement et qui a réussi à faire abstraction de l’aspect extérieur.
J’ai envie de vous raconter quelques bribes de ma
vie pour ouvrir un peu l’esprit de ce monde, surtout des Français à l’esprit étriquer, afin de faire tomber les barrières virtuelles qui ne cesse de croître entre les « handis » et les « valides
». Avant d’être myopathe, petite, maigre ou blonde, je veux être vue comme une femme avec tout ce que cela induit. À savoir que j’ai un passé, j’ai des envies, je sais faire telle ou telle chose,
que j’ai des qualités et des défauts, et surtout que je suis un être humain. Et que je veux être vue, lue, entendue et comprise en tant que tel, et non comme une bête de foire ou je ne sais
quelle créature bizarre que vous matez à loisir quand vous me croisez dans la rue.
Boîte à cri